La plupart des conseils sur le choix d’un nom de domaine ont été écrits pour un web qui n’existe plus. On vous dit d’y mettre des mots-clés, de toujours prendre le .com, et de vous méfier des traits d’union. Deux de ces trois conseils ont cessé de compter il y a des années, et aucun ne porte sur ce qui déraille réellement.
Ce qui déraille, systématiquement, c’est la propriété. Nous avons repris des sites dont le domaine était enregistré au nom d’un ancien employé, d’une agence fermée depuis, ou à une adresse où plus personne ne recevait de courrier. C’est un problème de continuité des activités, pas un problème de marketing, et il mérite plus d’attention que l’extension que vous choisirez.
Voici les sept décisions qui comptent, dans l’ordre où il faut les prendre.
1. Trancher entre le .ca et le .com d’abord
Pour une organisation canadienne, c’est la seule question d’extension qui vaut du temps, et la réponse dépend de votre clientèle.
Prenez le .ca si votre marché est canadien. Il signale une présence nationale aux gens que vous visez, il pèse auprès des acheteurs publics et institutionnels, et les bons noms y sont beaucoup moins souvent déjà pris. Prenez le .com si une part importante de vos revenus vient de l’extérieur du Canada. Si le budget le permet, enregistrez les deux et faites pointer l’un vers l’autre : cela coûte peu et règle la question définitivement.
Une contrainte concrète : le .ca n’est pas ouvert à tout le monde. L’ACEI, l’organisme qui gère le registre .ca, applique des Exigences en matière de présence au Canada. Le titulaire doit donc être admissible selon l’une de ses catégories, par exemple un citoyen canadien, un résident permanent ou une société constituée au Canada. Vous choisissez une catégorie au moment de l’enregistrement, et l’ACEI peut vous demander de la prouver plus tard par son processus de validation des renseignements du titulaire. Cela compte si vous enregistrez par l’intermédiaire d’une agence ou d’un fournisseur non canadien, parce que l’enregistrement doit reposer sur une partie admissible.
Les organisations québécoises disposent aussi du .quebec. Il se lit bien ici et se distingue réellement, mais traitez-le comme un complément à un .ca ou un .com plutôt qu’un remplacement, parce que les publics nationaux et fédéraux ne s’y attendent pas.
2. Optimisez pour le dire à voix haute
Le vrai test n’est pas l’allure du nom dans un navigateur. C’est de savoir si quelqu’un peut l’entendre une fois, au téléphone, et le taper correctement.
Ce seul test élimine d’un coup la plupart des erreurs classiques. Les traits d’union échouent, parce que personne ne les prononce. Les chiffres échouent, parce que l’auditeur ne distingue pas 7 de sept. Les lettres doublées à la jonction de deux mots échouent. Les noms qui reposent sur une orthographe que personne ne devine échouent. Et les noms qui ressemblent à ceux d’une entreprise existante aussi, ce qui constitue un problème de marque de commerce autant que de mémorisation.
Lisez votre liste à voix haute à quelqu’un qui ne l’a jamais vue écrite, et demandez-lui de l’épeler.
3. Cessez d’y mettre des mots-clés
C’est ici que les vieux conseils nuisent activement. Les domaines à correspondance exacte ont cessé d’être un facteur de positionnement significatif il y a longtemps. Google s’y est attaqué directement par une mise à jour d’algorithme en 2012, et depuis, les domaines bourrés de mots-clés sont passés d’un léger avantage à un léger handicap, parce qu’ils se lisent comme du bas de gamme auprès des gens que vous cherchez à convaincre.
Un nom de marque que vous possédez pleinement vaut mieux qu’un nom descriptif que vous finirez par dépasser. Les noms descriptifs vieillissent d’ailleurs mal : ils vous attachent à un service, une ville ou une gamme de produits, et renommer une entreprise coûte cher d’une façon que bien choisir au départ ne coûte pas.
4. Vérifiez qu’il est libre d’usage, pas seulement libre à l’enregistrement
Un registraire vous vendra volontiers un domaine qui empiète sur la marque de quelqu’un d’autre. L’enregistrement ne constitue pas une défense, et découvrir le conflit après avoir imprimé l’affichage déclenche une suite d’événements coûteuse.
Avant de vous engager, consultez la Base de données sur les marques de commerce canadiennes, et le registre des entreprises de votre province. Au Québec, cela veut dire le Registraire des entreprises. Cherchez ensuite le nom simplement dans Google et voyez qui s’y positionne déjà. Si vous êtes présent dans plus d’un pays, vérifiez là aussi. Ce sont vingt minutes de travail qui en épargnent parfois une année.
5. Enregistrez-le au nom de l’organisation, pas d’une personne
C’est le conseil qui a fait économiser le plus d’argent à nos clients, et celui que presque aucun article ne mentionne.
Le titulaire inscrit doit être votre organisation, à une adresse et un numéro de téléphone qu’elle contrôle. Le contact administratif doit être une adresse fonctionnelle, du type domaines@votreentreprise.ca, et non la boîte personnelle de celui qui a fait l’enregistrement. Le compte chez le registraire doit être accessible à plus d’une personne.
Les agences, les fournisseurs et les hébergeurs ne devraient jamais être titulaires. Il est raisonnable qu’ils gèrent le DNS pour vous. Il ne l’est pas qu’ils possèdent l’actif. Si un fournisseur détient actuellement votre domaine, le rapatrier est une opération courante, et elle se fait mieux un mardi tranquille qu’au milieu d’un litige.
Pendant que vous y êtes, notez où le domaine est enregistré, où le DNS est hébergé, et qui y a accès. Ces trois informations manquent dans la plupart des organisations, et ce sont les trois premières dont on a besoin en situation d’urgence.
6. Verrouillez-le, renouvelez-le automatiquement, surveillez l’échéance
Les domaines expirent pour des raisons banales : une carte de crédit échue, un avis de renouvellement envoyé à quelqu’un qui est parti, un compte de registraire auquel plus personne n’accède. Les conséquences, elles, ne sont pas banales. Le site tombe, le courriel s’arrête, et un domaine libéré avec un tant soit peu d’historique peut être repris par un tiers en quelques jours.
- Activez le renouvellement automatique, et enregistrez pour plusieurs années plutôt qu’une seule.
- Activez le verrou du registraire, qui bloque les transferts non autorisés.
- Gardez la carte de facturation à jour, et vérifiez-la chaque année.
- Activez l’authentification à deux facteurs sur le compte du registraire. Un domaine est l’identifiant le plus précieux que détiennent la plupart des organisations, parce que celui qui le contrôle peut recevoir votre courriel et réinitialiser vos autres mots de passe.
- Inscrivez la date d’échéance à un calendrier partagé, sous la responsabilité d’une fonction plutôt que d’une personne.
7. Décidez du fonctionnement de l’anglais avant d’en avoir besoin
S’il y a la moindre chance que vous publiiez dans les deux langues, réglez la structure maintenant. L’ajouter après coup oblige à déplacer des URL, et déplacer des URL coûte de la visibilité en recherche.
Un sous-répertoire du type votreentreprise.ca/en/ est la recommandation par défaut pour la plupart des organisations. Tout reste sur un seul domaine, l’autorité n’est donc pas divisée, et c’est la structure la plus simple à entretenir. Un domaine distinct se défend quand l’activité dans l’autre langue constitue véritablement une marque à part avec sa propre équipe. C’est une erreur quand il s’agit de la même organisation avec un site traduit, parce que vous entretenez alors deux exemplaires de tout.
Quel que soit votre choix, enregistrez par précaution la graphie évidente de votre nom dans l’autre langue, même si vous ne l’utilisez jamais. Cela coûte peu, et cela empêche quelqu’un d’autre de s’en servir.
Quand le nom voulu est déjà pris
C’est généralement le cas, et cela se surmonte. Par ordre de préférence approximatif : prenez le .ca si le .com est parti et que votre marché est canadien. Ajoutez un deuxième mot court et naturel plutôt qu’un trait d’union ou un chiffre. Envisagez un nom inventé mais prononçable, ce qui est l’origine de bien des marques reconnaissables. Ou approchez le détenteur actuel, en acceptant qu’un domaine stationné avec un courtier derrière sera tarifé en conséquence.
Ce qui ne vaut pas la peine, c’est de prendre une extension inhabituelle uniquement parce qu’elle rend votre premier choix disponible. Le mot n’est pas l’actif. La mémorisation l’est.
Si vous changez de domaine
Passer à un nouveau domaine est une migration, et cela suit les règles des migrations. Faites correspondre chaque URL existante à exactement une nouvelle URL. Utilisez des redirections permanentes, en un seul saut, jamais en chaîne. Gardez l’ancien domaine enregistré indéfiniment plutôt que de le laisser expirer une fois le trafic déplacé, parce que les liens qui pointent vers lui, eux, n’expirent pas. Mettez à jour les deux propriétés dans la Search Console et attendez-vous à plusieurs semaines de mouvement avant stabilisation.
Fait avec soin, un changement de domaine coûte très peu. Fait à la légère, c’est le moyen le plus fiable de perdre une visibilité qui a mis des années à se bâtir.
Si un changement de domaine s’inscrit dans une reconstruction plus large, notre page refonte et modernisation de site web explique comment nous traitons la cartographie des URL et les redirections pour que le déplacement ne vous coûte pas votre positionnement.